© 2017 Paul Lewis.

La fenêtre...

03/15/2018

Mon premier appareil photo " sérieux " a été un Minolta SRT-102, que j'utilisais le plus souvent avec une lentille Rokkor 28 mm. Un appareil photo et une lentille formidables ; bien mieux que le photographe à l'époque. Un ensemble plus flexible que le Minoltina AL-S que j'utilisais depuis quelques années, qui m'ouvrait de nouvelles perspectives : grand-angle, que j'affectionne particulièrement, macro...

 

Le SRT-102 m'a beaucoup servi, durant mes études en géographie à l'Université d'Ottawa, notamment lors des ateliers ou des terrains que nous faisions en Outaouais (québécois ou ontarien), ou autour de Toronto, où nous sommes allés à quelques reprises. L'appareil a aussi beaucoup servi lors de ballades en vélo dans la région d'Ottawa, à la découverte des paysages, parfois magnifiques, mais aussi les maisons abandonnées, alors nombreuses, surtout du côté du Pontiac. 

 

J'aimais beaucoup cette photo d'une fenêtre d'une maison de ferme abandonnée. Elle date probablement de 1974 ou 1975, et a été prise sur Kodachrome. Je l'aimais tellement que je l'ai agrandie en 11x14, au moyen d'un procédé très innovateur à l'époque, le Cibachrome. Imprimer en  Cibachrome n'était guère facile ; c'était surtout très coûteux. Mais les résultats étaient souvent soufflants. Le Cibachrome pouvait rendre les couleurs très saturées d'une diapositive Kodachrome, quand on savait maîtriser le procédé en chambre noire. 

 

J'ai toujours l'impression Cibachrome de cette photo ; elle a passé les quarante dernières années, même un peu plus, sur les murs du salon de la maison familiale. Les couleurs n'ont pas bougé ; elles sont toujours aussi belles, les noirs aussi profonds qu'à l'origine, et les blancs aussi purs. En la regardant après toutes ces années, j'ai trouvé néanmoins pleins de défauts à la version Cibachrome : elle me semblait moins nette que la diapositive, et les noirs étaient souvent trop denses, sans nuances. Un peu avant Noël, j'ai donc scanné la diapositive, afin de voir si je pouvais l'améliorer en chambre blanche. Le scan a été corrigé dans Camera Raw + Photoshop ; et la photo a ensuite été imprimée en 13x17 sur une imprimante Canon. La nouvelle version me semble nettement meilleure que celle que j'avais imprimée en Cibachrome : la photo est plus nette, les couleurs sont plus riches, les noirs sont moins denses, et laissent voir les détails des murs. Cette nouvelle version correspond mieux à mon souvenir de la scène que la version Cibachrome. 

 

La pratique de la photo argentique était formidable ; elle était souvent difficile, mais son intérêt tenait peut-être aux difficultés liées aux procédés. Il y avait quelque chose de magique à travailler en chambre noire, surtout en couleurs, où le contrôle de l'impression était plus incertain qu'en noir et blanc. Mais force est de constater que la photo numérique présente de grands avantages et nous permet souvent de mieux traduire ce que nous avions en tête au moment de prendre la photo. 

 

De cette époque lointaine, il y a peu de photos qui méritent d'être sauvegardées, il y a peu de photos qui présentent un réel intérêt. Sauf peut-être pour moi, et encore. Les photos que je prenais alors m'ont permis de maîtriser un appareil photo, ce qui n'était pas une mince tâche, alors que rien n'était automatique et que les films disponibles pardonnaient moins les erreurs que les capteurs actuels. Les photos prises durant ces années m'ont surtout permis d'apprendre à regarder à travers un viseur, à regarder en photographe et, surtout, à choisir ce qui peut être montré, à décider comment le montrer, pour dire quelque chose de notre monde. 

 

 

 

 

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